Le 6 mai 1936, l’Orchestre Symphonique de Bruxelles (OSB) donnait dans la grande salle du Palais des Beaux-Arts la première francophone d’Erwartung (L’Attente) d’Arnold Schoenberg. C’était l’une des dernières apparitions de l’orchestre sous cette appellation : quelques mois plus tard, l’OSB deviendrait l’Orchestre National de Belgique, et donnerait son tout premier concert le 25 octobre 1936. Erwartung résonne donc à l’aube même de notre histoire. Cette saison, nous revenons sur cet héritage à travers une rencontre entre musique et image.
Erwartung n’est pas une œuvre ordinaire. Composé en 1909 sur un texte de Marie Pappenheim, ce monodrame met en scène une femme seule qui erre dans une forêt nocturne à la recherche de son amant, avant de le découvrir sans vie. La musique, atonale et dépourvue de thèmes récurrents, épouse les moindres fluctuations de ses émotions — peur, désarroi, angoisse — dans un flux ininterrompu d’une trentaine de minutes. Lors de la représentation de 1936, le rôle était interprété par Marcelle Bunlet de l’Opéra de Paris, sous la direction d’Hermann Scherchen.
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© Bozar ArchivesProgramme du concert du 6 mai 1936 -
© Bozar ArchivesProgramme du concert du 6 mai 1936
Pour cette occasion, le peintre flamand Jean Brusselmans (1884–1953) réalisa quatre grands décors représentant une forêt baignée de clair de lune, à la fois sombre et saisissante. Si la presse se montra divisée face à la musique de Schoenberg, elle salua unanimement le travail de Brusselmans. Ses décors n’étaient pas un simple arrière-plan, mais une véritable réponse plastique à la partition, aussi expressive et dramatique que la musique elle-même.
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© Bozar ArchivesDécor de Jean Brusselmans pour la première belge d'Erwartung (1936) -
© Bozar ArchivesJean Brusselmans
Nonante ans plus tard, nous revenons à Erwartung et à l’univers de Brusselmans. Tandis que Bozar consacre au peintre une grande exposition, « Jean Brusselmans. Peintre par nature » du 2 octobre 2026 au 31 janvier 2027, nous redonnons vie à l’œuvre de Schoenberg en intégrant sur scène les images des décors originaux conservés. Une réunion attendue entre musique et image, dans la même salle où tout a commencé il y a nonante ans.




